
En décembre 2018, j’ai perdu ma voix pendant 10 jours. Cinq mois avant notre premier concert à l’Olympia. J’ai paniqué, j’ai pensé que c’était foutu, que je ne pourrais plus jamais chanter comme avant, j’ai ressenti un immense chagrin et un sentiment d’injustice. Dans mon journal, j’ai écrit : Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? Pourquoi ?! Après avoir noirci quelques pages à m’apitoyer sur mon sort, des réponses sont apparues.
- Je suis aphone parce que je n’arrive pas à récupérer de la fatigue accumulée pendant la tournée et la campagne de promotion.
- Je suis aphone parce que j’ai chanté plusieurs fois en étant malade alors que je prenais des corticoïdes.
- Je suis aphone parce que je subis une pression énorme depuis plus d’un an avec l’organisation de ce concert à l’Olympia, que c’est une grande première et que ça me fait peur.
- Je suis aphone parce que je fais tout passer avant ma voix alors qu’elle est essentielle dans ma vie et devrait être ma préoccupation numéro un.
La santé de la voix n’est pas exclusivement liée à la santé des cordes vocales, bien chanter c’est chanter avec tout son corps et un mental d’acier. En décidant de reprendre ma voix en main, j’ai décidé de reprendre ma santé en main. Je me suis fait accompagner par une phoniatre professeure de chant et même si je partage ici quelques astuces qui peuvent vous aider, si vous avez des problèmes de voix, je vous encourage à consulter votre médecin, un spécialiste de la voix et à faire un bilan vocal complet.
Voici donc mes 6 piliers pour une voix en bonne santé avec à chaque fois une pratique quotidienne que vous pouvez vous approprier facilement.
1) Le mental
Les cordes vocales se trouvent dans le larynx, derrière le cartilage thyroïde. On le connaît sous le nom de pomme d’Adam. Petit scoop : les femmes ont également une pomme d’Adam mais elle est moins proéminente. Le larynx est soutenu et entouré de nombreux muscles interconnectés qui participent à la fabrication de la voix mais aussi à l’ouverture de la mâchoire, le mouvement de la langue et la mobilité du cou. Quand j’étais ado, je disais souvent « j’ai les boules » en mettant la main sur ma gorge. Le stress crée des tensions dans le corps qui se transforment parfois en douleurs musculaires, migraines ou maux de ventre si on les laisse s’installer. Les muscles qui entourent le larynx y sont particulièrement sensibles et pour moi il est essentiel de chanter en ayant pris le temps de relaxer cette zone.
Chaque jour, même si j’ai la sensation que ma journée se déroule de façon fluide, je m’oblige à faire des pauses « respiration » de quelques minutes. Le moment idéal pour moi est quand je change d’activité. Je m’assois, le dos étiré et je fais trois profondes respirations par le nez. À l’inspiration, je remonte les épaules vers les oreilles puis je relâche tout à l’expiration en pensant « je relâche, je relâche, je relâche… ». Parfois tout est en ordre et j’ai juste profité d’un temps de pause mais parfois je constate que je ruminais inconsciemment un épisode désagréable de ma journée et que des tensions s’étaient logées dans ma mâchoire ou mes épaules. Si nécessaire, je continue l’exercice jusqu’à ce que je me sente totalement détendue.
2) L’alimentation
À cause d’une petite hernie hiatale, peut-être aussi à cause du stress, je souffre de Reflux Gastro Oesophagien (RGO) et si je ne prends pas soin de mon alimentation, ça peut déclencher une toux et un voile sur ma voix. C’est embêtant mais ça se traite. J’ai eu de la chance d’avoir des symptômes douloureux, je connais des chanteurs qui ont eu la voix abîmée par des remontées acides non détectées qui avaient lieu pendant leur sommeil. Ils se réveillaient avec la voix enrouée sans comprendre pourquoi et ont mis des années à se faire diagnostiquer.
Mes habitudes alimentaires pour la voix et éviter le RGO :
- Mastiquer longuement.
- Faire des repas peu volumineux.
- Boire de l’eau plate ou de l'eau gazeuse contenant du bicarbonate (San Pellegrino, Vichy Célestins)
- Éviter le gluten, je remplace les pâtes par des nouilles de riz et le pain traditionnel par une version sans gluten que je fais moi-même (j’ai une très bonne recette si ça vous intéresse).
- Éviter les produits laitiers.
- Éviter le sucre. Je le remplace par des fruits secs si j’ai envie de sucré ou du Xylitol.
- Remplacer le thé et le café par une tisane ou de la chicorée
- Préférer des légumes riches en eau pour favoriser l’hydratation, la soupe c'est le top.
Pour moi l’idéal est d’attendre au moins deux heures après le dîner avant d’aller me coucher. Je dors aussi avec un oreiller épais pour surélever ma tête. Ces bonnes habitudes m’ont évité de prendre quotidiennement des médicaments pour le RGO. Les veilles et jour de concert, je les applique scrupuleusement et le reste du temps, je fais de mon mieux. Si j'ai consommé des aliments à risque, je prends du bicarbonate de soude une heure après le repas.
3) L’hydratation
Elle est essentielle pour un bon accolement des plis vocaux et une production vocale précise. Pour commencer, j’évite ce qui est asséchant : les atmosphères enfumées (je ne fume pas mais il m’arrive parfois d’être en présence de fumeurs), l’alcool, le café, le thé, la clim, parler ou chanter sur de trop longues périodes, chuchoter. Pour favoriser l’hydratation j’essaie de boire régulièrement des petites quantités d’eau ou de tisane tout au long de la journée. Si j’ai été exposée à la climatisation d’une voiture pendant un long trajet, je fais une inhalation en arrivant ou j’ai recours à un nébuliseur de voyage, ce qui permet d’amener directement des gouttelettes d’eau sur mes cordes vocales.
Une astuce qui a tout changé pour moi : humer, c’est-à-dire respirer par le nez. Quand on utilise beaucoup sa voix, les plis vocaux s’assèchent rapidement avec le passage de l’air dans la trachée. L’eau que l’on boit pour y remédier est distribuée en priorité à nos organes vitaux, les cordes vocales en bénéficient longtemps après. Alors que faire pour hydrater ses cordes vocales à la demande ? Quand on respire par le nez, l’humidité de l’air est captée par les cornets. Ce sont des capteurs situés dans nos fosses nasales qui vont acheminer les particules d’eau contenues dans l’air jusqu’à nos cordes vocales. J’essaie de respirer le plus possible par le nez, même sur scène. Je profite d’être dans le noir ou quand Thierry a la parole. J’ai aussi appris à reprendre rapidement ma respiration par le nez dans certaines chansons où le débit est rapide.
4) Le mouvement
Mon corps et ma voix se portent mieux quand j’intègre du mouvement à ma vie. Mais ce n’est pas facile de s’y tenir quand on a toujours considéré le sport comme une corvée. J’ai changé ma façon de voir les choses en faisant une liste des activités physiques agréables pour moi : marcher dans la nature, faire du yoga, faire des percussion corporelles, danser. Chaque jour j’en choisis une ou plusieurs.
Mon minimum quotidien : mettre une chanson dynamique dans mes écouteurs et danser. À fond. Une fois que je suis lancée, j’ai souvent envie d’en faire plus.
5) Le sommeil
Ma voix est tout de suite impactée par le manque de sommeil. C’est le point le plus difficile à réguler pour moi car mon mode de vie ne me permet pas de mettre en place une routine d’endormissement à heure fixe. Alors je suis les conseils d’un couple de spécialistes du sommeil rencontrés lors d’un voyage au Québec : dormir quand l’occasion se présente, à n’importe quelle heure pour cumuler 7 à 9 h de sommeil par 24h. Je ne me couche jamais à la même heure mais je veille sur mon capital d’heures de sommeil en faisant des siestes quand mon corps m’envoie des signaux de fatigue.
En tournée, je m’organise pour faire une sieste avant les réglages de son.
6) La technique vocale
Bien-sûr, en plus d’avoir une bonne santé générale, pour une voix en pleine forme mieux vaut connaître le fonctionnement de son appareil vocal et avoir une routine vocale quotidienne, que l’on soit chanteur ou pas.
Tous les jours, je pratique une routine qui implique un travail sur la respiration, la production sonore et la résonance. J’y reviendrai plus précisément dans un prochain article.
Quelques références pour aller plus loin ?
Un livre génial sur la santé de la voix :
Connaître sa voix pour mieux la préserver de Elisabeth Péri-Fontaa
Un beau livre sur l’anatomie de la voix avec des explications claires :
Anatomie pour la voix de Blandine Calais-Germain
et un podcast intéressant sur les moyens naturels de prendre soin de sa sphère ORL